Edito NL42 :

La campagne agricole pour les céréales d'hiver s'est terminée sur une note inquiétante : alors que la crise multifactorielle a fait flamber des prix déjà élevés (énergie, aliments, intrants agricoles) - certains prix sont retombés depuis - , la récolte 2022 de plusieurs pays méditerranéens a été mauvaise. MED-Amin l'avait anticipé dans ses Bulletins de prévision tout au long de la seconde moitié de la campagne 2021-2022. Dans la crainte d'une éventuelle crise mondiale de la sécurité alimentaire, les agriculteurs ont lutté pour sauver leurs cultures des phénomènes météorologiques extrêmes cette année.
Alors qu'une grande partie de l'Europe a "cuit" sous la dernière vague de chaleur, les craintes sont de plus en plus vives concernant ce que certains experts nomment "heatflation", c'est-à-dire l'inflation de denrées alimentaires due à des pertes de récoltes engendrées par la sécheresse. En effet, l'absence de précipitations au printemps, combinée à la sécheresse et à des tempêtes violentes, a gâché les récoltes en Italie, en France et en Espagne. Comme le résument les dernières estimations au niveau européen, les rendements des cultures de céréales de cette année seront nettement inférieurs à la normale en Europe (en particulier en maïs).
C'est aussi le cas au Portugal, et au Maroc qui essuie une sécheresse historique. Cette offre réduite en 2022 par rapport à la moyenne quinquennale dans ces pays jette une tension supplémentaire sur des marchés intérieurs déjà sous pression, soumettant les opérateurs des filières, les décideurs et les consommateurs à des choix difficiles. C'est le constat qu'a partagé M. Mohammed Sadiki, Président du Conseil d’administration du CIHEAM, à l'occasion de la 150ème réunion de ce Conseil à Chania, en Grèce, les 18 et 19 juillet 2022. Les participants ont rappelé les difficultés rencontrées par les filières agricoles et les populations les plus fragiles de la Méditerranée pour faire face à cette succession de crises (Covid-19, guerre russo-ukrainienne, graves sécheresses...). Faire face à ces menaces pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle et les conditions de vies de cette région (dont les faiblesses structurelles avaient déjà été identifiées lors de la crise 2007-2008) appelle à une plus grande souveraineté alimentaire des pays, une solidarité méditerranéenne et au renforcement de la coopération pour des systèmes alimentaires plus durables, inclusifs et résilients aux chocs. Aux côtés de décisions politiques courageuses et de nouvelles stratégies multisectorielles ambitieuses, nul doute que des outils tels les systèmes d'information développés depuis plusieurs années comme AMIS animé par les Nations Unies (Agricultural Market Information System) auront leur rôle à jouer. Souhaitons que MED-Amin et son réseau dynamique puissent aussi jouer ce rôle à l'échelle de la région méditerranéenne ô combien prioritaire.
Dans ce contexte, outre la 9è réunion annuelle du réseau (22-23 novembre), plusieurs événements d'importance auront lieu cet automne.  Le 16 septembre après-midi, le CIHEAM et le Centre pour l'intégration méditerranéenne (CIM) organisent une table ronde sur le thème suivant "Intégration Méditerranéenne : les enjeux d’une coopération renforcée pour la promotion de systèmes alimentaires durables et résilients". Pour célébrer le 60ème anniversaire du CIHEAM, l'Institut CIHEAM Bari organise la troisième conférence mondiale sur la revitalisation de la diète méditerranéenne. Intitulée "Changement de cap vers des systèmes alimentaires plus durables et résilients dans les pays méditerranéens : la diète méditerranéenne comme ressource stratégique pour accélérer l'Agenda 2030 dans la région" la conférence se tiendra du 28 au 30 septembre 2022, à Bari (Italie).

--> Téléchargez la newsletter ici